
Myriam Theveniaud
Texte d'Anne SECHET, écrit dans le cadre de l'exposition "De cire et de perles" du 2 février au 16 mars 2025, MDAC, Maison des Artistes de Cagnes, aux côtés de Véronique Pépin.
exposition capsule dans le cadre des Ecologies Elargies. Réseau BOTOX.
De Perles Des perles Des paillettes Des fils or Des micro-points de lumières Des miroitements indicibles Des paysages en écorces de paillettes brumeuses. À chacun de ses gestes elle noue tout un monde macro-micro magique multiformes.
Myriam Theveniaud est une artiste-artisane des doubles mouvements . Le micro et le macro s’y rejoignent. Elle étire l’espace-temps en une infinitude de perles accumulées en monticules-montagnes complexes. Ses rajouts de paillettes hérissées ajoutent par endroit un flou comme des mini crevasses entre stalagmites et duvet de jeunes écorces. Ce double mouvement se retrouve aussi dans sa manière de travailler . Elle s’extrait du monde en même temps qu’elle s’en imprègne et fabrique entre improvisations et décisions de diriger la lumière et le regard. Elle observe la nature, consulte les planches de lichens, de champignons, les herbiers, les algues, regarde les écorces, les mousses puis se laisse guider en improvisations autant par son toucher que par son regard. Heures après heures , secondes après secondes tout se transforme, prend volume et à force de temps, se creuse par endroits. En brodant, elle travaille aussi bien au devant qu’ au derrière de son ouvrage. Ces doubles mouvements opèrent charnellement et conceptuellement un retournement de la peau du réel, une mise en lumière du dessous des formes. Un espace sous les perles de verre autant qu’à leurs surfaces miroitantes. Elle fabrique un paysage miniature minéralo-organique pointant vers la rêverie. Car cette artiste dépose dans ses mains sa flânerie entêtante silencieuse et son attention aux matières croisées, aimées, fantasmées.
Myriam Theveniaud embijoute les mondes.
L’atelier qu’elle s’est conçu se réduit à un espace sous un espace, comme un terrier, un refuge , une cabane, à la fois dans le monde et hors le monde. Une boite-univers qu’elle ouvre pour déplier ses outils, ses matières, ses tulles . Elle y élabore en silence ses vastes micro-espaces en perles et paillettes rebelles d’une beauté vérité. Ces gestes sont emplis de patience, de simplicité, d’une volonté puissante de rendre bijoux les réalités observées. Elle a comme du sang d’abeilles en elle ; abeilles qui perçoivent les fleurs en version augmentée1, en bijoux miroitants puissants repoussant au loin les guerres humaines. Car Myriam Theveniaud donne tout son temps libre au beau.
Pour l’exposition De Cire et De Perles, elle a réalisé pour la première fois un volume, un grand cocoon blanc et or fait de broderies assemblées sur une année. Ce cocon se donne comme une mue en cours, une puissance à venir. Celle de la naissance possible d’une créature autre, hors normes, ornée de nombreux cercles or. Celle aussi peut-être, de la puissance de cette artiste-artisane qui gagne en espace, porte soin autant aux choses observées qu’aux corps et aux espaces portant ses bijoux-mondes.





